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Une brûlure sur la joue

Le Castor Astral (2004), Prix Max-Pol Fouchet

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Une brûlure sur la joue fait partie d’un vaste projet de poésie. Ce recueil est une des façades de l’édifice que je tente, modestement, de dresser jour après jour. Il est aussi, pour la première fois dans mon travail, une tentative de dialogue à distance avec des créateurs, des peintres qui, à travers leur art, nous ont transmis leurs images fondatrices. Il me semble qu’ainsi, entre ces bornes qui se révèlent à nous par le biais des expositions ou des livres, un territoire, un pays exemplaire peuvent être retrouvés et arpentés.

Pays de la liberté, bien sûr, mais aussi des hommes en lutte contre l’amnésie, l’effacement, contre cette pensée vulgaire qui tente par l’amusement comme seule finalité de nous faire oublier qui nous sommes : des fils chassés du paradis d’aimer, des émigrés dans notre propre corps, des civilisés que la bête tapie dans nos ventres peut soumettre à tout instant.

Mais Une brûlure sur la joue c’est aussi une mise en garde contre le grand banal, l’immobilité menant à la mort immédiate, la vitre froide entre soi et ce pays de la lucidité. Dire ainsi cette blessure, c’est toucher le pigment originel en essayant de comprendre le geste créatif, c’est effleurer l’envers du monde, l’occulte ; c’est vouloir teinter sa propre peau pour retrouver le rite originel et, au-delà, la transparence, l’invisible du commencement. Et certaines images, certaines figures vraies, secrètement nous y aident.

Nous le savons : ce qui est représenté a disparu après avoir été présenté une première fois. Ce sont les images de scènes fondatrices, métamorphosées, habillées de couleurs, mais tout de même… Nous connaissons cela : l’intime de l’humanité, si je puis dire, ce fonds commun d’amour, de deuil, d’enfance perdue.

En bon frère humain qui, après ces grands peintres, tente de vivre dans son époque atomique, je n’ai pas hésité à m’inclure dans le tableau, à y amener ma bien-aimée, à chercher l’ars magna dans ce temps suspendu de la couleur, à prendre honnêtement avant de donner à mon tour. Je crois que là se trouve l’Œuvre tout entière.

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